Chères et chers Touffes,
Mes copains du Parc Bertrand, invitons les délégués de la réunion sur le … etc., etc., à nous rendre visite !
À nous voir vivre ensemble. À nous voir boire ensemble de la fontaine. À renifler ensemble. À régler nos différends et nos différences avec des grognements, des crocs dénudés, des babines retroussés et assez souvent… c’est tout. Ensuite nous partons, chacun de son côté ou même ensemble.

Et moi, maîtresse d’Anaïs je vous raconte que j’ai vu pendant des années la scène suivante :
Il se passe à Oruro, ville minière et commerçant des haut-plateaux de la Bolivie. Des gigantesques zones marchandes y sont établies. Le soir, quand les étals sont couverts, des énormes monceaux des détritus se dressent dans les carrefours. Avant que les nettoyeurs des marchés arrivent, des hordes de chiens viennent faire leurs emplettes ou bien prendre, sur place, un bon repas avec les copains.
Sous la lumière faible des éclairages publics, j’ai vu des dizaines des chiens errants manger ensemble. Grands, gros, chefs, petits, soumis. S’il y a eu des bagarres pour l’établissement des hiérarchies, elles étaient finies et tout le monde mangeait à sa faim.
J’ai été témoin de ces scènes pendant des années. Je n’ai jamais vu une bagarre sanglante. Je n’ai jamais été mordue par l'un de ces chiens.
J’ai été seulement attaquée par un chien de maître. Il vint directement sur moi, tranquillement, sans se presser, et m’a pris, violemment, le bras. Mon anorak garde encore les marques des dents. Le chien a été surpris par le contact du tissu, car il n’a pris que la veste.
Les commerçants riaient. « Il ne prend que les étrangers ! ».
Un chien de maître.

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