Quelle est mon identité virtuelle ?
Je suis européenne car mes ancêtres ont vécu en Europe depuis au moins un millénaire. Je suis née en Amérique Latine, mais j’ai passé la moitié de ma vie en France. J’habite près de/à côté de Genève depuis plus de 20 ans. J’observe (et participe) avec attention, tendresse et étonnement les expériences démocratiques et populaires de notre continent. Si je vous disais que j’ai vu Genève pour la première fois un 24 décembre sous la neige et que j’y suis tombée amoureuse et de la région et de ses paysages naturels et humains ? Que j’aime Genève mais que je n’y ai aucun intérêt matériel sauf le plaisir de flâner dans ses rues et d’y faire des emplettes, d’aller au Grand Théâtre et à La Comédie, aux musées et de, bien entendu, d’aller toutes les semaines au Parc Bertrand ?
Si je vous disais que je suis fonctionnaire française, que j’habite en France, au Pays de Gex. Que comme le font les gens, les peuples depuis le néolithique et surtout depuis les poussés démographiques de ceux qui sont appelés barbares et comme le font les animaux (lynx, oiseaux et autres tétras) quand je regarde les nuages, je ne me demande pas s’ils sont suisses ou français. Quand je rencontre un chien, je ne me demande pas s’il a une médaille des services sanitaires du canton ou une puce française. Je ne me demande non plus s’il a été vacciné contre la rage. Je fais confiance aux maîtres.
Je fais confiance, voici que je me dévoile enfin. Malgré les années vécues et malgré toute l’histoire familiale et nationale, comme vous tous, que je transporte, je fais confiance à autrui.
Dans les formulaires internet pour « votre profil » on demande, parfois, « votre phrase préférée » La mienne ?
Codée : Vaiq. ou Lev. 19 :18
Une fois décodée, on lit :" Tu aimeras ton compagnon comme à toi-même."
Jeune, très jeune, je l’ai recodée comme suit : « Je ne permets à personne de me faire douter de la bonté d’autrui ».
Un autre signe d’identification : j’écris mes billets sur des feuilles jaunies avec un Critérium 2 mm. Ensuite je les transcris sur Mac ou sur Ubuntu (Apex Intrépide). Plus rarement sur Windows XP.
À cette hauteur du billet, une question vous taraude peut-être, «mais quelle mouche l’a piquée ? ».La mouche est la scientificus socialis non officinalis, vulgairement appelée les sciences sociales. Vous avez compris, chercheur et Française donc en grève. Voilà pourquoi mon texte est plus long que d’habitude.
Vite ! Vite ! dit le lecteur, l’arbitre, sonnez la fin de la grève.
Un autre trait de mon identité est mon métier qui empreigne toute ma vie autant que ma pensée religieuse l’empreigne. Je fais de la recherche en histoire et en ethnologie.
Mais pourquoi nous raconte-t-elle tout ça ?
Je m’explique. Dans les années 70, il était de mode de commencer un discours politique ou un article de sciences sociales en déclarant « d’où l’on parlait » (Mode : aujourd’hui on dit tendance. C’est drôle nous sautons d’une formule statistique à une autre pour montrer que nous sommes neo-post-modernes). Dans ces années-là, il était supposé que tous faisaient leurs analyses politiques ou scientifiques en se basant sur des théories. L’honnêteté intellectuelle voulait que l’on avertisse le lecteur sur nos idéologies, nos préconcepts, nos préjugés sous-jacents à nos paragraphes bien ordonnancés, développés et fondés par nos recherches.
Les sciences sociales sont des esclaves de nos myopies théoriques. Néanmoins, elles sont délivrées par nos propres découvertes et par celles de nos collègues.
Quelle est ma « théorie ou idéologie sous-jacente » ? Un premier indice, la phrase d’accueil
"Nous ne voyons jamais les choses telles qu'elles sont, nous les voyons telles que nous sommes."
Anaïs Nin (1903-1977)
Sa force est la simplicité et l’élégance de l’énoncé. Ce que nous demandons à un écrit scientifique est réussi par cette écrivaine admirable.
Nous aurons, au moins ainsi je le souhaite, assez de temps et de pages pour nous/me expliquer sur vos/mes positions sur les chiens, les animaux, les maîtres (les gardes, selon les Québécois), sur nous-mêmes.
Si je devins sérieuse, un court instant, c’est dû au sujet que je vous propose de développer dans les semaines prochaines. Le sujet, je l’appellerai de façon provisoire « quand un compagnon s’en va ». Ce sera une page pour raconter, réfléchir, s’épancher sur nos angoisses et nos expériences présentes et passées face à la maladie ou a la disparition de nos chiens.
Au gré des rencontres et des conversations au Parc je vous entends soupirer (assez souvent) et dire clairement vos craintes (plus rarement) alors que nous regardons nos bêtes vieillissantes.
Il serait bon que nous construisions ensemble cet espace. Nous pourrions continuer sur la Toile les échanges que nous avons au Parc. Nous pourrions ainsi ouvrir le cercle de chaises blanches.
Ma maîtresse me fait la lecture de la presse locale, nationale et internationale.
Je grogne quand j’entends Durb… et je dresse les oreilles quand j’entends que les délégués européens ont abandonné la salle de la réunion.
Du coin de l’œil j’aperçois la photo d’un copain, Koki le Fou. Nous nous sommes connus à La Vattay, lui sur ses pattes, moi dans mes bottes pour la neige et mes maîtresses dans leurs raquettes. Un grand gaillard sympathique, de contact facile. Il m’a raconté que parmi ses ancêtres, très haut perché sur ses ergots, trônait Koki à la Hussarde. Ce Koki I a fait les délices d’une des réunions de création de la Réserve Naturelle de la Chaîne du Haut Jura. Je vous parle d’un épisode vieux de presque 20 ans. Vous vous apercevrez, ainsi je l’espère, que je fais dans l’histoire antique.
Je vous disais donc que dans cette soirée-là, un photographe naturaliste a fait la projection des photos de Koki I en train d’exercer ses droits régaliens face à un skieur à qui il explique que ses terres ne sont pas l’objet d’aucune servitude en bénéfice des bipèdes sans plumes.
« Dédédeguerguerguergeurpiseeeeeez ! « A-t-il conclut.
Dans une autre photo, on le voyait dans ses fonctions, aussi régaliennes, de douanier : il ouvre un sac rouge qu’un randonneur, dans sa fuite, avait laissé tomber. N’écoutant que son courage Koki déchire la toile à coup de bec et fait l’inspection du contenu.
En son honneur et pour la sauvegarde de sa descendance, les Tétras Intrépides, les Géssiens ont créé la Réserve Naturelle.
Alors avec son descendant Koki Le Fou nous avons fait des folles courses dans La Vattay, moi devant et lui derrière. Lui battant ses ailes et moi, les poils au vent.
Je reviens au journal et montre la photo avec la patte. Ma maîtresse me fait la lecture du Dauphiné Libéré (20/04/2009) :
« Ce braconnage risque de faire du bruit. Le grand tétras de La Vattay a en effet été abattu, tout près des pistes de ski de fond. Le décès de l’animal remonte à la période allant du 29 mars au 5 avril (après la fermeture des pistes)(…). »
« Ce grand tétras avait été surnommé le ‘coq fou’ en raison d’un comportement des plus étranges.Alors que ces gallinacés sont généralement discrets, celui-ci se laissait anormalement approcher. Il avait même fini par devenir une sorte d’attraction bien malgré lui-même. »
« La gendarmerie a ouvert une enquête pour interpeller le ou les auteurs de cet acte idiot. D’autant que la population du grand tétras est déclinante, au point qu’il fait figure de l’espèce la plus menacée de la réserve naturelle. (…) »
Adieu, l’ami.
J’apprends par une amie que La Tribune de Genève a été la première à faire un article sur ce braconnage odieux.
Je vous fais part d’une très belle trouvaille : un site sur les oiseaux du Jura
http://www.grandmamanjacqueline.com/
Allez-y vite !
Pousse-toi, Anaïs, laisse-moi , aujourd’hui, la place.
Le propre d’un blog est de montrer et de cacher au même temps. Car malgré les énormes moyens électroniques mis en œuvre pour faire et lire un blog, les auteurs et les lecteurs restent, eux, très humains. Nous, les humains sommes en constante contradiction, comme nos œuvres et donc, aussi notre internet, moyen de nous approcher et nous éloigner les uns des autres.
Je dis que dans un blog nous affichons des mots, des phrases, des périphrases, des pensées, des photos, des images variées, que nous présentons comme sincères. Au même temps nous affichons nos « profils » (tiens, je me rends compte que je n’ai coché la case « éditer votre profil ») mais pas nos identités.
Identité ? C’est-à-dire ? Si j’écris « Anaïs gone de 4 ans » …Comment imaginez-vous l’animal ? Hautaine comme une Lyonnaise ? Mangeant un tablier de sapeur ? Jouant avec une cervelle de canut ? Je vous donne le nom de l’élevage dans lequel elle née (tiens, une nationalité vaut-elle nom d’élevage ?) :
Sauriez-vous comment est sa robe après une journée de pluie ? Ses moustaches après a voir mangé une glace à la vanille ? Les chiens qu’elle préfère ? Ses rites autour de sa gamelle ? Ses défauts d’éducation ? Sa façon de dire « bonjour » à ses maîtres et aux humains bien aimées ?
Donc si je veux me dévoiler virtuellement comment faire ? Que dois-je dire ? Virtuellement. Car nous sommes sur un réseau virtuel. J’ai un doute. Virtuel ? Je prends le Petit Robert. (Oui, je sais c’est un truc de bachot : noircir des pages avec le Robert). A la page 2682
virtuel. « Qui ne tel qu’en puissance, qui est à l’état de simple possibilité. »
Avant cette première définition il y a une information que d’habitude ne lisons pas car nous sommes trop pressés. Pour une fois arrêtons-nous à lire l’histoire du mot. « 1503, rare av.2° moitié du XVIIe ; lat.scolast. virtualis, du lat. virtus « vertu ». Ensuite, il nous est dit qu’à la fin du XVIIIe siècle (nous sommes au début de la révolution industrielle mère de toutes ou presque nos manières de faire et de penser), les physiciens inventent une dégénérescence du mot virtuel, vous souvenez celui qui descendait de « vertu », le travail virtuel. Seigneur de la Mécanique Céleste ! Plus tard apparaîtront : particules virtuelles, objet virtuel, réalité … réalité virtuelle… réseaux virtuels, web…
Je reviens à mon identité virtuelle, c’est-à-dire en simple possibilité, en puissance ? Une fois encore, prise de doute j’ouvre le dictionnaire et lis que
le sens faible de puissance est « moyen ou droit grâce auquel on peut (faire qqch.) – capacité ‘La puissance de bien juger (…) est égale en tous les hommes’ (Descartes).
Ah, Ah, chère et cher Touffe, tu es en droit logique de te demander y a t il donc un sens fort de puissance? Oui, tu as bien et logiquement réfléchi :
« Etat d’une personne qui peut beaucoup, qui a une grande action sur les personnes, les choses, domination qui en résulte. ‘La puissance de Dieu est infinie’ (Balzac).
Aïe, aïe, nous sommes en train de nager dans des eaux trop profondes pour nos forcer philosophiques qui sont certes virtuelles et donc possible de faire qqch mais pas plus que ça.
Abandonnons, cher lecteur, si tu le veux bien, ces flots insondables et revenons à notre flaque.
Alors, mon identité virtuelle me permet de faire qqch (comme dit le dico) pour me rendre puissante, forte et capable de bien juger (Merci Descartes). C’est affirmé et proclamé par la Faculté : nous sommes capables de bien juger. Dumque de décider par nous-même ce que nous considérons être bien ou mal. Les jeux de la télé et les télé-realité ne vous dissent pas le contraire. Des théoriciens politiques diront que nous sommes même experts dans nos domaines de compétence quotidienne. Certes, personne mieux que moi sait comment je sais tartiner mon pain le matin. Descartes ne savait pas qu’il ouvrait la porte à nos manies individualistes et à nos bêtises présomptueuses, dont je suis la première investie.
Le paragraphe précèdent souffre des glissements logiques insupportables ? Oui, je lis trop souvent les déclarations des dirigeants politiques.
À quel propos ? Voici une question…
À propos de mille et un sujets glissés ici et là dans ce Parc à Touffes virtuel. Mais nous nous égarons. Revenons sur notre drôle de chemin. Je dis drôle car il n’est pas jonché d’écorces mais d’écueils.
La suite lundi après-midi. Un nouveau sujet de rubrique vous sera proposé !